« Ils veulent nous intégrer dans une société désintégrée »

Cette P.O.M. interroge les effets non prévus du travail social, tel qu’il peut être vécu par un de ses bénéficiaires.
Sa « fabrique » (pour reprendre ce terme de Francis Ponge) a dépendu de la rencontre entre divers matériaux.Une musique, d’abord (on se rappelle que le romancier Robert Pinget, auteur justement d’un roman titré L’ennemi, prétendait isoler un « ton » dans son oreille et inventer l’histoire qui pourrait aller avec). Des images ensuite, tressées avec le rythme musical et proposant des variations sur des « lignes » enregistrées comme des perceptions périphériques à la « conduite ».

Il nous a alors été difficile de ne pas mobiliser le souvenir du film de Peter Greenaway Vertical futures remake, qui invente une histoire ironique à partir de variations sur des lignes verticales et de ne pas connecter ces images à ce que Jean-François Lyotard appelle « la ligne générale », soit la capacité pour un sujet de se retrancher du monde pour se reconnecter à ce qui constitue sa recherche propre, sa continuité même partielle, en pointillés…
La rencontre entre tous ces éléments s’opère dans la parole d’Alain Touraine, qui oppose la volonté d’intégration d’un certain travail social et la demande de subjectivation (être le créateur de son existence), qui demande des supports appropriés.
La référence à Pinget impose aussi un traitement particulier de la voix, puisque le romancier de L’ennemi travaillait par répétitions et reprises partielles, selon sa formule « Tout redire pour tout renouveler ».
L’on imagine bien que tout cela n’est pas programmé: la création consiste plutôt en l’aventure de la rencontre, de la confrontation de matériaux hétérogènes ; elle requiert un auteur multiple acceptant un jeu de relances et de déplacements.
Jean Blairon

Crédits
Musique: Demosthène Stellas
Images et réalisation: Olivier Gobert
Voix: Alain Touraine,
"Comprendre le monde d'aujourd'hui"
(Conférence du 16 janvier 2006, Bruxelles)