Le Sujet trouve-t-il sa force en lui-même
ou la reçoit-il de supports sociaux appropriés ? »

 

Le titre est celui d’un film de Bertolucci basé sur une nouvelle de Borgès (« Thème du traître et du héros » dans Fictions); le film pose la question de l’identité d’un fils qui enquête sur la mort de son père dont il pense qu’il est un héros et dont il découvre la possible culpabilité (c’est un traître à la résistance au fascisme) ; le fils s’enferme peu à peu dans sa découverte (tout ceci n’est d’ailleurs  pas sans rapport avec la construction de soi dans la déviance).

L’identité aujourd’hui c’est la capacité de devenir un Sujet, créateur de son existence, résistant à la domination ; en d’autres termes « transformer une expérience vécue en liberté assumée » (Touraine).  On doit à J.-F. Lyotard l’image de la « ligne générale », intérieure au sujet, propre à lui, à laquelle il arrive à se reconnecter quand nécessaire (c’est aussi la métaphore du fil de  l’araignée).

Michel Wieviorka a mis en lumière une formidable controverse à propos de la subjectivation : le Sujet se trouve-t-il en amont du social (il est conçu alors comme une capacité de résistance et de création agissant dans et contre le social) ou est-il la conséquence d’expériences sociales, lui fournissant un support à son travail ?

La controverse est très pratique et politique puisqu’elle traverse toute la question « éducative » : que doivent faire ces institutions ? Aider au « retour sur soi » ou travailler à la (re)connexion avec des supports sociaux aidant à la subjectivation ?
Pour Touraine, l’école par exemple doit être une « école du sujet » ; elle doit aider le sujet à construire sa liberté (c’est donc plutôt la première version) et non chercher à l’intégrer à la société – par ailleurs désintégrée.

La POM construit formellement l’ambiguïté puisque la « toile » est aussi la vitre brisée (la destruction du support, du « transport scolaire ») ; mais est-on sûr que le support détruit n’est pas aussi une toile (elle-même ambigüe, puisqu’elle signifie à la fois « auto-création » et « prison ») ? Le mot « approprié » relance cette ambiguïté : il « convient » ou il est « détourné par l’usager ». Cette POM nous semble mettre en jeu des débats qui n’ont jamais lieu à propos des IPPJ ; mais ces institutions peuvent-elles trouver leur signification sans y avoir répondu ?
Jean Blairon